Mécarimbaud
Mécanique rimbaldienne
Claude Soloy
I
On est si sérieux quand on a le temps…
Tel matin, ras le bol des nounous, du lait chaud,
Des gazinières aux cuivres étincelants !
On va sous le grand phare barbotant dans l'eau.
Le gâteau sec s'éparpille sous la molaire.
Le vent est si glouton qu'il vous en prend deux miettes ;
Les dents de l'eau, leur dentifrice est une mouette,
Ont grignoté tant de bateaux et leurs corsaires...
II
Voici qu'on aperçoit un petit hippocampe
Rouge flottant, nanti d'une jolie fourrure,
Serti d'une ficelle d'algue, qui décampe
Avec de gros bouillons, fringuant, à toute allure...
Matin tôt ! Tout le temps ! Je suis le Seigneur des mers !
L'eau est du chocolat et me monte à l'épée...
En avant ! Je me sens au cul un mousquetaire
Qui coiffe un sombrero joli grain de beauté...
III
Le biscuit cavalcade à travers les tempêtes,
Lorsque, sur la crête d'une lèchaude vague,
S'escrime une fillette à la chatte d'herbette,
Sur le bateau ivre des détrousseurs de bagues...
Et comme je la trouve intensément nue,
Tout en lui jetant mes baisers de casse-croûte,
Elle se cambre, fleur de sel, et me salue.
Sur l'écume des jetées se croisent nos routes...
IV
Je suis ton Capitaine. Prêt à ton désir.
Suis ton Capitaine. Mes dents de lait t'embrassent
Tous les oiseaux t'envient, je suis le grand Vizir.
Puis la fille, goulue, boit la mer de la tasse !
Un roulis, je rentre aux cuisines des parents,
Je demande ma nounou et du bon lait chaud...
On est si sérieux quand on a tout le temps
Et qu'on a le pistou qui barbote dans l'eau.
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