Traversée de soi(e), hommage à Jackye
Blanche traversée
C’est une fêlure blanche où bat l’aile du désir, celui d’une traversée fébrile qu’accompagnent des chants de femmes.
C’est un voyage dont le quai est déjà une invitation, celle d’une promenade non guidée où chaque pas est le bienvenu dès lors qu’il n’en force la fleur à courber le pétale.
C’est une attente frémissante que le moindre souffle emballe, celui d’une gorge dont les mots peinent à se déclarer, à se dire, car ils n’en possèdent pas le lexique.
C’est une peau qui s’étire, en quête de plis pour y loger le trop plein de sa croissance, celle d’un appétit que glorifient ses lèvres entrouvertes.
C’est un baiser sur la neige, jamais éteint, jamais pétrifié, celui d’un temps qui se nourrit des quatre saisons.
C’est l’empreinte de tout ce qui cisèle l’appel de l’autre, celui du passager toujours nommé.
C’est l’arrondi du vent sur les sables qu’il construit, ceux des pleurs qui pèsent aux paupières, les rires les apaisant.
C’est le creux d’une main ouverte sur le geste qui l’emprisonne, celui d’un bras tendu comme un arc en soi.
C’est l’enfance de l’art, la fragilité portée au nu, celui du corps, première naissance.
Claude Soloy
Février 2012