Je crie donc j'écris...

 

 

J’ECRIS DONC JE CRIE et réciproquement... 

 

 

 

N’importe qui peut écrire une histoire, elle sera ou drôle ou grave, faussement autobiographique, qu’importe ! Mais écrire une histoire n’est pas écrire…C’est additionner des mots, c’est aligner des soldats de plomb et il ne suffira pas de décrire leurs uniformes pour prétendre à l’écriture. Le mot, c’est autre chose. Il faut le poser sur le papier avec d’infinies précautions, le peser dans son pour et son contre, lui proposer des mariages avec ses semblables, si possible des unions forcées pour que la phrase dise autre chose que ce que l’on attendait d’elle. Ecrire, c’est refuser la pression de mots qui annoncent la couleur avant que la toile ne soit achevée ; ainsi, on fera rimer Amour avec Yaourt…

 

Ecrire, ce n’est pas aller d’un point A à un point Z, même en empruntant un labyrinthe truffé de chausse-trappes. Ecrire, c’est aller d’un lieu à un lieu en sachant qu’un lieu n’est jamais le lieu, ou comme dirait Marcel Proust : « Une heure n’est jamais une heure… » Ecrire, c’est aller d’hier à ici ou de là-bas à plus tard ou maintenant, ou réciproquement ! Le fait de poser un mot, quel qu’il soit, dans l’ici maintenant de la page vierge, c’est l’appréhender, le peser dans toute l’expérience qu’on a de lui, celle de tous les sens réunis où l’on peut parler de la couleur des odeurs ou des bruits, et la faire chanter. C’est vrai qu’on est proche de la madeleine de Proust. Parler du mot est certes réducteur, mais sans lui et ses confrères : pas de style, pas d’écriture, pas de chair, pas de cri.

 

 

Claude Soloy  juin 2010

 

 

 

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